Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (9 mai)

Samedi 9 mai. La grosse cloche sonnera ce soir.

Quelques mots aujourd’hui sur un édifice emblématique du centre : la Maison du Bailli.

Ses origines sont anciennes. Ses caves sont datées des XII-XIIIe s. La majeure partie de la maison date du XVIe s. On peut lire la date de 1589 sur la clé de voûte de la porte est, à côté de la tour. A l’ouest, l’édifice fut agrandi d’une travée. On y ajouta une seconde tour dans les années 1930. Le bâtiment a subi d’autres modifications visibles sur ses façades qui présentent des baies bouchées et des matériaux différents.

Contrairement à ce que son appellation laisse croire, il ne semble pas que la maison ait hébergé le bailli de Gembloux, chargé par l’abbé d’administrer la ville. Elle doit plutôt son nom au fait qu’un de ses anciens propriétaires fut bailli de Grand-Leez.

La Maison du Bailli fut acquise par la commune en 1951 et restaurée pour l’affecter à des fonctions publiques. D’importantes dépendances plus récentes ont depuis été démolies.

La Maison du Bailli abrite aujourd’hui la salle des mariages au rez-de-chaussée et héberge le Cercle royal ‘Art et Histoire’ aux 1er et 2e étages avec les musées de la coutellerie et de la vie locale.

Ce mercredi 6 mai, le conseil communal a décidé de désigner un auteur de projet pour entreprendre des travaux de rafraîchissement et de restauration internes.

Illustrations : Cartes postales – article Manu Delsaute 

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (43)

Dimanche 3 mai. Le déconfinement commence graduellement demain. C’est le moment de sonner toutes les cloches à la lente approche de jours meilleurs.

La cloche étant un instrument qui se vend au kilo, plus il y en a et plus elles sont lourdes, plus c’est cher. Il est courant, lors de l’installation d’un carillon, qu’on fasse l’économie de l’une ou l’autre grosse cloche dont l’usage, bien qu’utile, n’est pas indispensable pour jouer un répertoire correct. Il manque donc parfois des notes dans le jeu.

C’était le cas à Gembloux et, en 2012, on décida de combler les trous par l’ajout de deux cloches, Romane et Benjamine, qui ont donné lieu à la coulée en public. La particularité de celles-ci est qu’elles peuvent aussi sonner à la volée. L’opération porta à 49 le nombre de cloches jouables au carillon et à 6 celui des cloches pouvant sonner à la volée.

Les 50 ans du carillon en 2013 furent une belle occasion pour ajouter une 50e cloche afin d’étendre le jeu dans le grave. C’est un sol#1 de 560 kg pour 97 cm de diamètre. Elle a été fondue par la firme Petit & Fristen qui avait livré le carillon en 1963 et elle présente les mêmes décors que les 47 cloches de l’époque. On lui ajouta le blason de la Ville. Cette cloche fait écho au classement du beffroi sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005. Elle s’appelle La Gardienne. Elle ne sonne pas à la volée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre la devise de l’UNESCO « Building peace in the minds of men and women » et la mention « Ville de Gembloux », elle porte le texte suivant :

JE CELEBRE LES 50 ANS DU CARILLON
DU BEFFROI DE GEMBLOUX,
PATRIMOINE DE L’HUMANITÉ,
POUR CONSTRUIRE LA PAIX, DONT JE SUIS
LA GARDIENNE,
DANS L’ESPRIT DES HOMMES ET DES FEMMES.

Après cette 44e publication quotidienne, il y a encore bien des choses à aborder sur l’histoire et le patrimoine gembloutois. Le temps est venu de prendre un autre rythme, plus libre. Les sonneries continueront chaque jour pour soutenir nos applaudissements en encouragement de celles et ceux qui œuvrent dans la lutte contre le Coronavirus, qui sont impactés ou qui nous aident dans cette période difficile. Une cloche par jour, de la plus petite à la plus grosse, du lundi au samedi. Le dimanche : les cloches 1 et 3.

Merci pour l’intérêt témoigné.

Illustrations : La Gardienne et son texte : Serge Joris – article Manu Delsaute

En tant que lecteurs attentifs, vous n’aurez pas manquez de remarquer que nous ne comptons « que » 43 publications, alors que 44 soit signalées dans l’article ci-dessus. Sans doute l’auteur a-t-il comptabilisé l’article d’ouverture de la page Facebook, ce n’est pas le cas ici !

 

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (42)

Samedi 2 mai. Sonnerie des cloches 1-3-6, soit ré-fa#-do#.

Les fouilles récentes à l’intérieur du beffroi sous la direction de Michel Siebrand nous ont livré des trésors inattendus car ce sont 13 bases de moules de cloches qui ont été mises au jour, plus – chose exceptionnelle – le noyau quasi intact d’un 14e moule.

On situe l’activité de l’atelier de fonte au début du XVIIIe siècle, ce qui correspond à la longue période d’inutilisation de l’église Saint-Sauveur suite à l’incendie de 1678. On découvrit aussi une partie du pavement du XVIe siècle, en partie démoli pour creuser la fosse à cloches, deux fours pour la fonte du métal et une aire de terre présentant une trace de chauffe circulaire. On pense qu’on aurait chauffé une cloche pour la réparer ou faciliter sa destruction pour en réutiliser le métal.

Le remblai de comblement de l’atelier contient de nombreux fragments de moules avec quelques restes de décors et inscriptions. Tous ces éléments doivent encore être étudiés. A ce stade, on ne connaît aucun document qui ferait allusion à cette activité qui surprend par son ampleur.

Le sol renferme également des vestiges de murs médiévaux ainsi qu’une pierre ouvragée, de niveau, qui semble dater du XIIIe siècle. Elle pourrait constituer une base de fonts baptismaux. On relève qu’elle est restée en place, incluse dans la reconstruction du XVIe siècle. Quoi qu’il en soit, toutes ces découvertes inspireront les aménagements intérieurs et extérieurs à venir.

Reportages disponibles sur Canal Zoom.

Illustrations : Photos des vestiges par Michel Siebrand – article Manu Delsaute 

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (41)

Vendredi 1er mai. Sonnerie des cloches 1-2-4-5 ou ré-mi-la-si.

La fabrication des cloches.

C’est vers le milieu du XIXe siècle que les fondeurs de cloches se sont sédentarisés, aidés par l’évolution des moyens de transport. Auparavant, ils se déplaçaient pour couler les cloches au lieu de livraison. Ils creusaient une fosse et y façonnaient les moules destinés à recevoir le métal en fusion.

On peut schématiser le procédé de fabrication d’une cloche comme suit :

1. On élabore un premier moule en briques recouvertes d’argile, de crottin de cheval et armé de poil de chèvre qui correspond au volume intérieur de la future cloche.

2. Sur le noyau préalablement enduit d’un isolant, on ajoute une seconde couche, en argile. Elle a exactement la taille de la cloche à couler. On l’appelle la fausse cloche. Tout cela se fait avec un gabarit qu’on appelle planche à trousser. Cette fausse cloche reçoit les décors et inscriptions voulus, qui sont en cire.

3. On recouvre ensuite le tout d’une troisième couche de terre et crottin armés. On l’appelle la chape.

4. On fait ensuite sécher le tout, on retire délicatement la chape, on brise la fausse cloche sans abîmer le noyau et on replace la chape au-dessus de celui-ci ainsi que le moule de la couronne.

5. C’est dans l’espace laissé vide par la disparition de la fausse cloche qu’on va couler le métal. Préalablement, on aura rebouché la fosse tout autour des moules et bien damé la terre.

6. Une fois le métal refroidi, on procédera au déterrage, brisera la chape et décollera la cloche du noyau. Les moules ne serviront qu’une seule fois, ce qui fait de chaque cloche un instrument unique.

7. On procédera enfin aux finitions comme le polissage.

Une série de ces étapes ont pu être vécues à Gembloux lors de la coulée en public en 2012.

Illustrations : Noyau et planche à trousser : Fonderie Slegers-Causard de Tellin, photo exposée au musée de la vie wallonne. Quelques photos de la coulée réalisée en public à Gembloux en juin 2012 : Vincent Duseigne, Serge Joris, Francine Wuestemberghs – article Manu Delsaute 

 

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (40)

Jeudi 30 avril. Les cloches 2-3-4-6 sonneront aujourd’hui, soit mi-fa#-la-do#.

Les fouilles qui ont été menées ces dernières années par Michel Siebrand pour l’Agence wallonne du Patrimoine nous ont apporté de précieuses informations sur le beffroi et l’ancienne église Saint-Sauveur.

Le beffroi est en grande partie du XVIe siècle. La base des murs de l’église de cette époque est toujours présente dans le sol. On a retrouvé, plus profondément enfouis, les restes d’une église de plus petite taille, datant du Moyen-Âge.

A quoi ressemblaient ces bâtiments ?

Les dessins commandés par l’abbé Papin illustrent en 1521 une église Saint-Sauveur de petite taille munie d’une tour carrée avec une toiture en pointe peu élancée. Ça doit être encore l’église médiévale. Les choses ont changé sur la gravure de Gramaye en 1608 : la tour de l’église présente une flèche avec un bulbe et quatre clochetons d’angle. C’est comme cela aussi qu’Harrewijn l’illustrera plus tard, probablement au départ d’une autre source.

Sur ces deux documents, l’église possède une chapelle latérale. Ses vestiges ont aussi été retrouvés dans le sol.

Ces bâtiments du XVIe siècle ont été ruinés, comme le reste de la Ville et de l’abbaye, par le grand incendie du 6 août 1678. Leur restauration dura plusieurs décennies au terme desquelles on a ajouté le dernier étage de la tour et la flèche simple qui fut à son tour détruite par l’incendie du 12 septembre 1905.

Illustrations : Gravure de Jean-Baptiste Gramaye, 1608, et fac-simile ; gravure de Jacques Harrewijn, fin XVIIe et extrait d’un tableau de François de La Pointe (ca 1690) : issus du dossier de classement UNESCO. Dessin légendé issu de La Geste des abbés de Gembloux, par Jean-Paul Straus, éditée par le Cercle royal ‘Art et Histoire’ de Gembloux, 2012, p. 142 – article Manu Delsaute 

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (39)

Mercredi 29 mars. Quatre cloches 2-3-4-5 ou mi-fa#-la-si.

Quelle est la signification des trois clés ?

Nous n’avons aucune certitude à ce sujet. Il ne s’agirait pas des clés des portes puisque celles-ci étaient au nombre de quatre…

Les trois clés apparaissent sur les armoiries personnelles de l’abbé Arnould de Chastre au XIIIe siècle. On les retrouvera bien plus tard dans les armes du Comté de Gembloux  elles intégreront celles de la Ville : « l’écu de sable  fond noir) à trois clefs d’argent surmonté de la couronne comtale à treize perles ».

Initialement, les armes de l’abbaye faisaient référence aux saints auxquels elle était dédiée : une clé pour saint Pierre et une épée pour saint Exupère (saint guerrier).

Jean Paul Straus propose la thèse suivante, qui ne demande qu’à être vérifiée : on sait que Gembloux entretenait d’excellentes relations avec le pape. Il arrivait qu’en signe de reconnaissance, le pape permette qu’on reprenne les deux clés de ses armoiries. Cela s’est passé ailleurs.

On aurait donc conservé la clé de saint Pierre, intégré les deux clés papales et laissé tomber l’épée, symbole guerrier contestable.

Illustrations : Armoiries de la Ville et dessin représentant l’abbé Arnould de Chastre, dans La Geste des abbés de Gembloux, par Jean-Paul Straus, éditée par le Cercle royal ‘Art et Histoire’ de Gembloux, 2012, p.111 – article Manu Delsaute

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (38)

Mardi 28 avril. Deux cloches, 2-3 ou mi-fa#.

Èfants d’Djibloû.

Toutes les heures de 8h à 21h, le carillon automatique joue le refrain d’Èfants d’Djibloû.

C’est par décision du 8 novembre 1949 que le Conseil communal conféra un caractère officiel à ce chant régulièrement entonné. Les paroles sont de Joseph Laubain (1877-1952), Grand Prix de littérature wallonne qui fut par ailleurs échevin et plusieurs fois bourgmestre faisant fonction.

Au niveau de la musique, il s’agit d’un arrangement au départ d’une chanson de marche militaire. On le doit à Victor De Becker, musicien reconnu qui fonda l’académie au début des années 1920.

Le refrain se veut général, fédérateur et joyeux. Les couplets décrivent le Gembloux de l’époque et nous pouvons constater que pas mal de choses restent d’actualité à l’exception notable et bien compréhensible de ce qui concerne l’industrie et les villages qui ont rejoint la commune depuis.

 

Nous avons enregistré un nouvel arrangement du morceau en 2015 avec la chorale Canticorum. Paroles en orthographe officielle wallonne, traduction et enregistrement sont disponibles sur le site du Cercle royal ‘Art et Histoire’ : http://www.crahg.be/efants-d–djiblou.html  Illustrations : Photo de Joseph Laubain et partition simplifiée.

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (37)

Lundi 27 avril. Sonnerie des cloches 2-3-6, ou mi-fa#-do#. C’est la réplique de la sonnerie du 2 novembre en plus aigü.

Depuis son installation, le carillon façonne l’environnement du cœur de ville en lui donnant une identité sonore propre, que ce soit lorsque l’instrument est joué par le carillonneur à certaines occasions ou via le système automatique qui égrène ses mélodies au fur et à mesure que la journée passe.
Initialement, le système automatique consistait dans un tambour gravé déclenchant des marteaux électriques. Il comportait une mélodie à l’heure et une à la demi-heure.

Il est aujourd’hui remplacé par de l’électronique et les mélodies ont été reprogrammées. A l’heure, c’est « Efants d’Jiblou », l’hymne local officiel, tandis que « Li Bia Bouquet » sonne à la demi-heure. On y a aussi ajouté quelques notes de « Colchiques dans les Prés » au premier quart d’heure et « Greensleeve » (Dans le Port d’Amsterdam) au troisième quart d’heure.

Bien entendu, le système automatique ne permet pas les nuances de jeu qu’un vrai carillonneur peut donner.

Le jeu au clavier se fait généralement avec les poings. Le clavier comporte deux rangées de bâtons qui correspondent aux touches blanches et noires d’un piano. Mais ici, tout est plus grand, plus lourd et donc plus physique ! Les cloches les plus graves sont aussi jouables au moyen d’un pédalier.

Illustrations : Photos de l’ancien tambour de carillon automatique et de notre carillonneur Serge Joris : Vincent Duseigne – article Manu Delsaute

Les cloches de Gembloux sonnent pour le personnel soignant … et les autres (36)

Dimanche 26 avril. Sonnerie de trois cloches 1-3-5 ou ré-fa#-si, tierce majeure-sixte.

L’affaire du bourdon ou l’avènement du carillon.

Si la vie du nouveau bourdon commence sur les chapeaux de roue en 1954, elle sera de courte durée. En effet, il se fêle dès 1958.

Le fondeur Michiels refuse d’appliquer sa garantie et la Ville lui intente un procès. Elle le gagne au bout de plusieurs années de procédure durant lesquelles l’idée de remplacer le bourdon par un carillon fait son chemin. En accord avec la famille de Gustave Docq, la voix grave saluant les grandes occasions laisse sa place à un instrument de musique permettant de jouer de nombreux airs.

C’est le 21 septembre 1963 que le carillon résonne pour la première fois avec à son clavier le Maître Carillonneur Géo Clément, expert en la matière choisi par la Ville comme conseiller technique.

Le carillon est fourni par la firme néerlandaise Petit & Fritsen qui racheta l’entreprise Michiels tombée en faillite. L’ensemble pèse 2.350 kg et comprend 47 cloches, la plus lourde étant un si bémol de 379 kg pour un diamètre de 85 cm. Sur cette cloche figure le texte suivant :
« Ce carillon remplace le bourdon donné à la Commune de Gembloux par Gustave Docq, bourgmestre de 1872 à 1903. »

La plus petite cloche de l’ensemble a un diamètre de 15 cm et pèse moins de 10 kg. Les 47 cloches du carillon sont fixes, elles ne sonnent pas à la volée.

Illustrations : Le clavier et les cloches avec leur filerie : Vincent Duseigne – article Manu Delsaute